Monsieur Stephan Hessel 

 

 

Steph 

                                                                                     

                       

     Ambassadeur de France

 

Immigré, déporté, diplomate, conscience morale… L’incroyable trajectoire du plus célèbre ambassadeur de France croise les grandes fractures d’un siècle qu’il aura épousé tout entier. Un destin follement romanesque, l’étonnant destin d’un éternel indigné.

 

Paris, le 29 décembre 2010. Portrait de Stéphane Hessel, diplomate, ambassadeur et poète  lyrique français, auteur du livre "Indignez vous", vendu à plus de 500 000 exemplaires.
COMMANDE N° 2010-1542

Photo Jerôme Bonnet

 

Textes de Jean - Michel Helwig

 

Autres textes , recherche des photos , mise en page et réalisation du Site : Jean - Paul Perrier

 

 

 

Quelques jours avant sa mort, Stéphane Hessel confiait à un ami : «Je suis en train de me défaire.» Exquise pudeur d’un vieil homme pressentant sa fin. Ultime lucidité de celui dont l’œuvre aura été sa vie même. Mais avant tout cette élégance qui en toutes occasions dictait son comportement. «J’ai rendu une visite de courtoisie à mon médecin», disait-il parfois, comme pour partager d’un sourire le constat de sa longévité. Chez lui, plaire était la politesse de l’intelligence.

Stéphane Hessel est resté, quelque part, ce petit garçon de trois ans qui, un soir de Noël 1920, à Berlin, dans l’appartement familial du très chic quartier donnant sur le Tiergarten, dansait devant un public ravi en faisant virevolter des brins de raphia bleus et rouges noués aux poignets et aux mollets. Sa gouvernante lui avait appris «à remplacer la fureur par la soif de plaire». Hélène, sa mère, lui transmettra par l’exemple la «faculté d’admirer». Autant dire que sa vie sera placée sous le signe de sa capacité à séduire et à être séduit.

Quand on naît un 20 octobre 1917 à Berlin doit-on s’attendre à une destinée ordinaire ? Ses parents sont des bourgeois bohèmes dans son acception la plus littérale. Ils se sont connus avant-guerre dans le Montparnasse

des peintres et des poètes.

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Franz est le fils d’un banquier d’origine juive polonaise qui, en 1906 , s’installe à Paris où il ne tarde pas à se lier aux artistes gravitant autour du poète Apollinaire

 

,                                      Guillaume appolinaire

 

 

 

                     Marie Laurencin Marie laurencin 

 

 

 

                          Pablo Picasso,Picasso

 

 

                             

 

 

         Modigliani,Modigliani 2 Max JacobMax jacob,

 

 

 

                          Paul FortPaul fort

 

 

Ils se retrouvent à la Closerie des Lilas, au café du Dôme. C’est dans ce dernier établissement, en 1912, que Franz tombe raide amoureux d’Hélène Grund, une belle jeune femme, au charme magnétique, de six ans sa cadette.

 

 

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Ils sont « aussi allemands, aussi cosmopolites l’un que l’autre», résumait Stéphane Hessel.

Franz et Hélène se marient à Berlin en 1913, avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Le conflit éloigne le couple de ses relations parisiennes. Tous deux en souffrent. De ses années parisiennes, Franz a conservé l’amitié d’Henri-Pierre Roché, peintre dandy, écrivain de vocation et collectionneur d’art déjà avisé. La paix revenue, ils se retrouvent lors de vacances en Bavière où Hélène succombe au charme d’Henri-Pierre, sans que Franz succombe lui-même à la jalousie, tant son amitié pour l’intrus demeure inentamée. N’ont-ils pas en des temps antérieurs, à Paris, contre toutes les conventions morales de la société, prôné une forme de liberté dans l’amour qui les amenait à partager leurs conquêtes féminines ?

Entre Jules et Jim

 

Hélène aime donc Henri-Pierre qui reste le meilleur ami de Franz, lequel ne renonce ni à son amour pour l’une, ni à son amitié pour l’autre. C’est la vraie trame du récit romancé que fera Henri-Pierre Roché de cette relation triangulaire, dans Jules et Jim, livre paru en 1953. Le film éponyme de François Truffaut, dix ans plus tard, immortalise ces personnages dont Stéphane Hessel sait trop combien les complexités intimes n’avaient été qu’effleurées dans le récit de référence.

C’est à Henri-Pierre Roché que Stéphane Hessel doit d’être devenu citoyen français. En 1924, Hélène décide de venir vivre à Paris auprès de son amant. Stéphane et son frère Ulrich, de trois ans son aîné, sont inscrits à l’école communale de Fontenay-aux-Roses. Stéphane parle très peu français. Il a le tempérament frondeur et farceur du Berliner Kind, petit cousin allemand du Gavroche parisien. Mais aussi une «appétence» de savoir, un désir d’assimilation au pays que sa mère a choisi qui le fait rapidement progresser. Henri-Pierre Roché vit avec Hélène dans un appartement du XIVe arrondissement de Paris. Ulrich préfère, à 15 ans, retourner vivre auprès de Franz. Stéphane, lui, découvre la bibliothèque de l’amant de sa mère où il est encouragé à la lecture des classiques de la littérature française, mais aussi de Cocteau et Gide ce qui n’est pas courant pour les adolescents de l’époque.

Depuis la classe de sixième, Stéphane Afficher l'image d'origineest élève de l’Ecole alsacienne, un établissement protestant d’excellent niveau où Hélène s’est beaucoup démenée auprès du directeur pour le faire inscrire, alors qu’il n’a que… neuf ans et demi. Creuset des élites de l’époque, on y cultive l’excellence scolaire et des valeurs patriotiques et laïques. Stéphane Hessel avait découvert avec ravissement la devise républicaine «Liberté, Egalite, Fraternité» au fronton de son école communale, il parachève dans cette pépinière privilégiée son intégration intellectuelle au pays que sa mère a choisi par amour. Stéphane, qui se souvient avoir toujours été «un grand boulonneur», est reçu au bac philo en juillet 1933. Il n’a pas seize ans.

Cette année, qui devrait être marquée d’une pierre blanche, est l’année la plus noire de sa jeune existence. En janvier, Hitler accède au pouvoir à Berlin et, à la fin de l’été, sa mère lui annonce, en larmes, qu’elle se sépare d’Henri-Pierre Roché. Eplorée mais prévoyante, Hélène décide pour Stéphane qu’il est préférable de l’éloigner de ses tourments conjugaux et l’inscrit à la London School of Economics où l’on enseigne l’économie et la diplomatie. Il est accueilli par un des cousins d’Hélène qui vit à Croydon.Afficher l'image d'origine Stéphane va en fait s’intéresser davantage à la vie des Anglais (et des petites Anglaises) qu’à ses cours. Quand s’achève ce premier séjour londonien, il maîtrise parfaitement la langue, aidé dans son apprentissage par la découverte de la poésie de Shakespeare dont il se récite, déjà, quelques-uns des sonnets.

En 1934, avant de rejoindre Paris où il s’est inscrit à Sciences-Po - il envisage alors une carrière dans les Affaires étrangères -, Stéphane Hessel va rendre visite à son père à Berlin. Franz Hessel, stigmatisé comme «écrivain juif» ne peut plus publier sous son nom et survit grâce à la protection de son éditeur Rohwolt qui lui commande une traduction de Jules Romain. La famille décide qu’Ulrich rejoindra sa mère et son frère en France, mais le père veut croire encore que le cauchemar nazi va se dissiper. Ce n’est qu’en 1938, à la demande pressante d’Hélène et grâce à Alix de Rothschild Afficher l'image d'originequi aide matériellement au départ des intellectuels juifs persécutés par les nazis, qu’il se résout à rejoindre à son tour la France.

Admis deux fois à Normale Sup

La conscience politique de Stéphane Hessel est alors embryonnaire. Il a été marqué par l’attribution du prix Nobel 1926 à Aristide Briand Afficher l'image d'origineet Gustav Stresemann